HISTOIRE LOCALE

 

SARDIEU : LA VIE AGRICOLE, IL Y A PLUS DE 50 ANS

Première partie


par André BARATIER-BUISSON

Sardieu se définit, à juste titre, comme une commune rurale. Mais l’activité agricole, si elle est très visible dans le paysage (champs, quelques élevages, bâtiments agricoles), ne concerne plus qu’une quinzaine de familles. La très grande majorité des adultes résidant à Sardieu sont des retraités ou ont une activité non agricole (commerce, services, transport, administration ou industrie). Ce fait s’est accentué avec l’arrivée récente de nouvelles familles dans la commune.

 

Scène de battage de blé A l’arrière plan : la «gerbière».

Aujourd’hui, l’agriculture pratiquée à Sardieu est, comme partout ailleurs en Europe, mécanisée, intensive et tournée vers des productions destinées à la commercialisation. La part de la production pour la consommation familiale est réduite à celle des potagers. Et, il est devenu très difficile de trouver des volailles, des œufs ou des lapins «fermiers» !

Qu’en était-il il y plus de cinquante ans, à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, jusqu’à la généralisation, entre 1955 et 1965, des engrais, des traitements chimiques, de la mécanisation (arrivée des tracteurs), et de nouvelles productions (surtout le maïs, le colza et le tournesol) ?

Les exploitations agricoles.

Très petites, petites et moyennes.
108 exploitations, recensées en 1945, cultivaient 812 hectares.
La superficie cultivée par les Sardieurots est inférieure à celle de la commune (1090 ha) ; même si on décompte l’emprise des routes, chemins, bâtiments, cours et jardins. Une partie du territoire communal est cultivée par des «voisins». Toute la partie au Sud de l’ancienne voie de chemin de fer est exploitée par des agriculteurs de Saint Siméon de Bressieux et Chatenay. Des exploitants de La Côte St André s’étendent sur la partie Est de la Plaine, d’autres, de Marcilloles ont des champs en deçà de la limite Ouest. Par contre, des fermes de Sardieu exploitent des terres sur Penol – des biens communaux appartenant à Sardieu - ou sur Balbins – en particulier des vignes sur le coteau de Malatras.

Actuellement, cette absence de coïncidence entre les limites administratives de la commune et l’espace réellement cultivé par les exploitations de Sardieu perdure dans ses grandes lignes.
La moyenne communale est, en 1945, de 7,52 hectares par exploitation. C’est dans la moyenne des communes voisines, sauf à Balbins et La Côte Saint André où des exploitations de plus de 40 hectares, propriétés d’anciennes familles nobles ou bourgeoises, font monter la moyenne à plus de 11 hectares.
Ce qui frappe est la présence de très petites exploitations. 15 ont moins de 2 ha (1,5 % des terres) et 30 de 2 à 5 ha (12,5 % des terres). Ainsi, 42 % des exploitations cultivent 14 % des terres.
Etaient-elles économiquement viables, même en tenant compte du contexte historique (la société de consommation est encore loin !) et économique (part importante de l’autoconsommation = production pour la consommation familiale) ? Certainement pas. L’examen des listes du recensement agricole de 1945 recoupées avec les métiers déclarés amène à constater des doubles activités : facteur des PTT, cafetier, forgeron, charron, maçon, plombier, garde champêtre, cantonnier … En été, des prestations rémunérées chez des voisins plus dotés en terres sont possibles. En hiver, ce sont des travaux sur les chemins qui apportent de légers subsides. Et l’usine de tissage (soierie), sise à Poinponnier, emploie des jeunes femmes du village et procure des apports monétaires.
Les très petits exploitants usent parfois d’anciens droits coutumiers : droit de glanage après la moisson et droit de «vaine-pâture». Ce dernier droit permet le pâturage des petits troupeaux dans tous les chaumes, après l’enlèvement des gerbes, sauf refus explicite du propriétaire signalé par un «villon» : poignée de paille nouée sur un piquet planté aux coins de la parcelle interdite.

Dans la tranche des 5 à 10 ha, les fermes sont 32 (29 % du total) et cultivent 235 ha (28,5 % des terres). Ces exploitations sont «petites», surtout en regard de la situation d’aujourd’hui. Mais elles sont viables. Elles assurent un revenu, certes modeste, mais suffisant pour les achats indispensables.

Au-delà de 10 hectares, nous sommes dans le registre des exploitations moyennes, en regard de la réalité régionale, à cette époque. 19 exploitations ont entre 10 et 15 ha (17,6 % des exploitations) pour 243 ha, soit 29,4 % des terres.

7 exploitations ont entre 15 et 20 ha (6,5 % des exploitations) pour 120 ha, soit 14,5 % des terres.
Enfin 5 exploitations ont entre 20 et 25 ha (4,6 % des exploitations) pour 113 ha, soit 13,6 % des terres. Elles sont situées essentiellement dans la Plaine.
Ces fermes sont viables, en 1945.

A la corvée d’eau Une citadine en vacances et sa grand-mère

Propriétaires et fermiers.

Seules deux exploitations sont totalement en fermage. Elles sont parmi les plus importantes du village et se situent, l’une dans la Plaine, l’autre au domaine de l’Abbaye.
Toutes les autres allient des parcelles en propriété et des parcelles louées ; sauf parmi les très petites tenues par des exploitants ayant une autre activité.

Qui sont les propriétaires qui louent des parcelles ?

  • L’exode rural qui s’est manifesté dans le second tiers du XIXème siècle et qui s’est poursuivi ensuite a vu le départ de très petits exploitants. Ce sont eux, ou leurs héritiers, qui louent les quelques parcelles dont ils ont conservé la propriété. Ces propriétaires installés à Lyon, Grenoble ou dans la région (il n’y a pas de propriétaires résidents à Paris) louent en moyenne 1,5 ha. Au total, cela représente 12 % des surfaces cultivées à Sardieu.
  • Mais il est des propriétaires qui résident à Sardieu : des veuves sans successeurs, des artisans ou commerçants préférant mettre en fermage leurs parcelles qui font 10 % des champs.

En règle très générale (sauf les cas d’espèce signalés ci-dessus), les agriculteurs sont propriétaires des trois quarts de leur exploitation et fermiers pour le dernier quart. Il y a une répartition des terres louées selon des liens familiaux ou de voisinage, sans que se remarque une concentration de ces terres en quelques mains.

Un parcellaire très émietté.

Hormis les exploitations situées dans la Plaine dont les parcelles, souvent vastes, sont regroupées autour des bâtiments ; celles dont le siège se situe au Village ou à Poinponnier ont des parcelles dispersées et souvent de petite taille. La moyenne est d’une «stérée», soit un demi-hectare. Cette situation s’explique par des partages successoraux régis depuis le Code Napoléon, qui avait établi l’égalité entre les héritiers (et héritières).

Mais aussi, la recherche d’une variété de sols adaptés aux cultures ou aux prairies explique qu’une exploitation allie très souvent des parcelles dans la Plaine et au Bessey (céréales), près du Poinpon (prairies) avec de très petites parcelles vouées à la vigne (rebord de la terrasse du Village) ou au bois (bosquets dans la Plaine, forêt des Burettes).

Cette dispersion des champs impose, alors, de fréquents déplacements.

Le plan cadastral d’aujourd’hui témoigne du remembrement foncier de 1982. Le plan cadastral antérieur date de 1953. Il est très peu différent du plan en usage en 1945 car les ventes ou héritages ne modifiaient que rarement les limites des parcelles. Il montre un parcellaire compliqué avec des parcelles enclavées, non reliées à des chemins, des parcelles aux formes parfois irrégulières (le rectangle domine mais n’est pas exclusif) et des parcelles voisines de tailles très différentes.

L’impression d’émiettement s’accentue si l’on sait qu’une parcelle foncière (cadastrée) pouvait être divisée entre plusieurs cultures (champs de blé, d’avoine et / ou de pomme de terre …).

Parcellaire foncier (cadastre de 1953) Plan au 1/10 000 réduit de moitié

La population agricole.

Au recensement général de la population de 1946, Sardieu a 453 habitants présents dans la commune. Avec les soldats, les élèves internes et les personnes hospitalisées, la population communale est de 480 personnes.

Les personnes vivant de l’agriculture (essentiellement, cf. la situation des «doubles actifs» déjà signalée), soit les chefs d’exploitations et leurs familles et les ouvriers agricoles (moins de dix), représentent 81 % de la population totale.

Les femmes ne sont pas «agricultrices» ! Seules 19 femmes sont notées comme «cultivatrices» ou «agricultrices». Il s’agit de veuves devenues chefs de famille mais aussi de «vieilles filles», appellation peu féministe, qui désigne, à cette époque, des femmes qui n’ont pu se marier en regard de la saignée opérée en 1914-18 parmi les hommes jeunes. Elles sont restées, malgré elles, célibataires en assurant seules, après le décès de leurs pères, la conduite de l’exploitation.

Les épouses d’agriculteurs ne sont pas, à cette époque, que de simples «mères au foyer». Il leur revient, en sus du ménage, l’entretien du potager, de la volaille et du petit bétail (lapins, chèvres, porc). Elles participent à la traite des vaches mais aussi elles s’activent lors des gros travaux de la fenaison et de la moisson.

La population active masculine s’étale de la fin des études primaires jusqu’à la grande vieillesse : Les retraites agricoles ont été mises en place par une loi de 1910. Elles ne sont pas obligatoires. Leur montant est vraiment très modeste. Percevoir une retraite n’implique pas l’arrêt de l’activité agricole des exploitants.

La fraction des jeunes adultes (15 à 35 ans) est constituée d’aides-familiaux. Seuls les orphelins de père ne subissent pas la tutelle paternelle durant de longues années.

Cette tutelle inhérente à l’exploitation familiale, où plusieurs générations vivent sous le même toit et travaillent dans la même cellule économique, peut provoquer des mésententes. La cohabitation, le pouvoir de décision conservé par le père ou la mère (veuve), la faiblesse des superficies cultivées dans un grand nombre d’exploitations expliquent le départ de jeunes. Les tranches d’âge entre 15 et 35 ans sont moins nombreuses que celles des plus jeunes ou des plus âgés. Il s’agit là de la manifestation des départs vers la ville, l’usine, la poste, la SNCF, la maçonnerie …

La formation des agriculteurs se fait «au sillon». En 1945, être cultivateur est perçu comme un «état» et non pas comme un métier qui s’apprend dans des écoles. C’est en apportant son aide que l’adolescent, dès la fin de l’école primaire, apprend des façons de faire, des tours de main, des savoirs empiriques venus des observations accumulées et transmises par les anciens.

L’Ecole d’Agriculture d’Hiver, à La Côte St André offre des formations pratiques de courte durée (de novembre à mars, une semaine sur deux, pendant deux ans) : mécanique, menuiserie, forge, vannerie, jardinage, élevage. Peu de jeunes Sardieurots la fréquentent.

Une particularité : le recours à des ouvriers agricoles pour la fenaison. Ceux-ci, appelés «Ardéchois» ou, en patois «Bedots»* se louent pour deux à trois semaines lors d’une foire à Annonay où se rendent les exploitants des plus gosses fermes et ayant peu de main d’œuvre familiale. Ces ouvriers sont originaires des hauts plateaux ardéchois où l’altitude retarde les travaux agricoles par rapport à la Bièvre. A noter l’existence d’un service d’autocars entre Annonay et Grenoble (un aller-retour quotidien) avec un arrêt sur la place du Village. Cette liaison permettait aux exploitants de Sardieu d’aller à Annonay et aux «Ardéchois» de faire le voyage. En 1945, Sardieu ne compte que cinq automobiles et une seule appartient à un agriculteur. Ces saisonniers sont une quinzaine en 1945. La mécanisation fera disparaître ce recours aux «Bedots».

Autre particularité liée à la défaite allemande en 1945 : la présence de «prisonniers de guerre allemands». Il y a peu de traces dans les Archives municipales. Sur le registre des délibérations du conseil, il est fait mention, le 26 mai 1945, de l’annonce par le nouveau maire, Justin CATTIN, d’une demande du Commandant militaire régional pour que Sardieu reçoive un «kommando» de prisonniers de guerre. Entre trente et trente-cinq prisonniers, essentiellement Allemands (mais il y avait d’autre nationalités enrôlés dans la Wehrmacht comme des Tchèques) ont été distribués dans les fermes comme travailleurs agricoles, non rémunérés mais logés et nourris. Tous les dimanches après-midi, ils étaient regroupés dans l’ancienne mairie (actuelle salle de fêtes) et ils étaient «gardés» par trois ou quatre jeunes de Sardieu, armés … de fusils de chasse.

Cette main d’œuvre est arrivée début juin 1945 et est repartie plus d’un an plus tard.

Un équipement disparate.

 

Le matériel

La faible superficie des exploitations explique que seules les unités couvrant plus de 12 à 15 ha ont un équipement complet : charrue, herse, faucheuse mécanique, faneuse, râteleuse, moissonneuse-lieuse, tombereau, charrette et parfois char à quatre roues, tonneau à purin, semoir mécanique et moteur fixe. Le semoir à engrais ou la machine à traire ne sont pas présents.

Les plus petites fermes n’ont qu’un tombereau et une charrue simple. La charrue «Brabant double» qui ouvre deux sillons est l’apanage des grosses unités.

L’entraide est systématiquement pratiquée entre voisins ou parents, ce qui permet aux petites exploitations de faire les gros travaux (fenaison, moisson). Cette entraide ne se limite pas au prêt de machines agricoles ou aux charrettes : les familles exécutent ensemble les gros travaux. Ce qui donne au village et à ses quartiers une forte cohésion sociale.

Pour un matériel plus lourd et indispensable : la batteuse mue par une machine à vapeur et équipée d’une «botteleuse» pour la paille, les agriculteurs de Sardieu se sont équipés dans l’Entre-deux-guerres en se regroupant en deux CUMA (coopératives d’utilisation de matériel agricole) appelées « syndicats de battage ». Ces CUMA sont appelées selon la marque de la machine à vapeur : il y a «La Vierzon» et «La Cassan»*.
Cette dernière CUMA, créée plus tard, a quelques membres de Chatenay pour atteindre le nombre nécessaire d’adhérents. Le matériel, tracté par des chevaux, va de ferme en ferme, de la fin juillet à la mi-août.

La «botteleuse» ou presse à paille

La machine à vapeur sera remplacée par un tracteur brûlant une huile lourde dans les années cinquante.

Le passage de la batteuse est un événement qui mobilise une vingtaine d’hommes, mais aussi toute la maisonnée pour les repas copieux et riches. Le travail est pénible avec la chaleur de l’été et la poussière. Il commence avant l’aube pour le mécanicien de la machine à vapeur. Le battage commence à l’aube pour se terminer au crépuscule. Il y donc cinq pauses-repas : le petit déjeuner, le casse-croûte de 10 h, le repas de midi, le goûter et le souper.

Les enfants vivent cette journée comme un instant de fête. Ils sont souvent chargés de porter à boire aux travailleurs. Ceux qui ont la tâche la plus pénible - porter le blé battu dans des sacs de jute pesant près de 100 kg du lieu de battage au grenier – ont droit à du vin sucré et à des biscuits.

L’équipement en bâtiments.

Il s’est peu construit de bâtiments agricoles dans l’Entre-deux-guerres : une seule ferme a été entièrement bâtie (en pisé) à la sortie du village vers Marcilloles. Quelques hangars (appelés «granges» lorsqu’ils jouxtent le corps de ferme) ont été ajoutés. Manifestement, le bâti légué par le XIXème siècle est suffisant.

Pour le bétail, les étables et écuries conservent souvent leur sol en terre battue et sont peu aérées. Les plateformes cimentées pour recevoir le fumier sont rares et, plus encore, les fosses à purin.

Puits et fontaines.

L’accès à l’eau a toujours été un problème à Sardieu et ne cessera qu’en 1954, après l’édification du château d’eau et la pose de canalisations alimentant les maisons et fermes du Village et de Poinponnier. (Cf. l’article d’Anne-Marie VEYRON dans le bulletin communal de 2005).

Si dans la Plaine et à Poinponnier, les puits sont fréquents car la nappe phréatique est atteinte en creusant à 15, 20 m ; au Village, il n’y a que trois puits publics, très profonds (60 m). Des fontaines publiques avec des bassins bétonnés sont installées au Village et à Poinponnier.

L’absence d’adduction d’eau dans les logements et les exploitations agricoles impose des corvées pour transporter l’eau nécessaire au ménage, la toilette mais aussi pour abreuver le bétail, en particulier, l’hiver.

La fontaine, lieu de remplissage des seaux et arrosoirs ou, en été, abreuvoir pour les troupeaux est un facteur important de socialisation. Tout comme les deux lavoirs (place de l’Ardelier, Poinponnier).

Une particularité : chaque ferme à sa mare pour les canards, le «gabot»*. Dans la Plaine et à Poinponnier, où le sol est très perméable, les mares sont tapissées d’argile. Remplies d’eau de pluie, ces mares sont parfois bien sèches en cas de sécheresse estivale.

Des techniques ancestrales.

 

La traction animale.

Aucun tracteur en 1945, à Sardieu.
Deux exploitants de La Plaine avaient en commun avant 1939, un tracteur aux roues sans pneus (des roues métalliques). Mais les restrictions en carburants dues à la Guerre puis à l’Occupation ont suspendu son utilisation. L’engin est alors lourd, bruyant, long à mettre en marche. Il fonctionne au pétrole ou à l’huile lourde. Et il est très coûteux : il vaut le prix de deux hectares de bonne terre ou de dix vaches pas trop efflanquées. Seules les quelques grosses exploitations de la Bièvre en possèdent.

Une charette tirée par un mulet

La composition de l’attelage varie en fonction de la taille de l’exploitation. Les plus importantes ont deux chevaux de trait avec un jeune poulain ou un mulet. Les fermes de moins de 10 hectares perdent le poulain et le mulet. Celles de moins de 5 hectares ont des attelages disparates : un cheval et un mulet, un cheval et une vache, voire deux vaches. Ces vaches dites «de travail» sont, de fait, «à tout faire» : elles tirent tombereaux et outils, vêlent, sont traites et finissent comme viande de réforme. Il n’y a pas de bœufs à Sardieu, contrairement aux villages voisins.

Le recensement agricole de 1945 énumère 86 chevaux adultes, 12 poulains, 5 mulets et 27 vaches de travail.
A l’évidence, pour 108 exploitations, ces nombres sont faibles. Ce qui induit que les très petites exploitations n’ont pas d’animaux de trait et doivent les emprunter à des voisins.

L’engrais «médicament».

La fertilisation des sols par les engrais chimiques est connue depuis la fin du XIXème siècle dans la région. Mais elle n’a été adoptée qu’après la Première Guerre Mondiale. La création de coopératives d’achat (appelées «syndicats»), affiliées à la Coopérative Agricole du Sud-Est a permis des achats groupés de semences (essentiellement des pommes de terre), de charbon et d’engrais.

L’engrais est cher. Il n’est souvent utilisé que si les blés sont, au printemps, peu vigoureux.

L’agriculteur retrouve alors le «geste auguste du semeur» en arpentant ses parcelles.

L’engrais azoté, le nitrate d’azote, est apprécié : son action est rapide et visible.

La potasse d’Alsace est appelée «Kaïmite». Elle a la particularité d’être livrée en vrac à la gare de La Côte St André puis transportée en tombereau dans les champs. Les sols sont naturellement pourvus en potassium, sauf en Burettes.

Les scories de déphosphoration, résidus de la «minette» (minerai phosphoreux de fer de Lorraine) après le passage en haut-fourneau, sont utilisées. Cet engrais est nécessaire, en particulier, dans les sols caillouteux de la Plaine, très pauvres en phosphore. Mais, les sols sont très perméables : ce qui fait dire que les engrais chimiques ne sont pas «bons» dans la Plaine !

C’est pourquoi, ces engrais sont plus utilisés dans les sols argileux du Bessey, naturellement plus fertiles.

Les volumes apportés par hectare sont faibles : 50 kg à 150 kg. Ils varient selon les agriculteurs.

Certains se refusent à utiliser des «drogues».

L’apport de la chimie se limite à cet usage très mesuré des engrais. Les pesticides, insecticides, herbicides, fongicides sont inconnus.

La fumure.

Le fumier des étables et des écuries est l’engrais utilisé partout et par tous. Chaque ferme, même les très petites, ont dans leur cour un tas de fumier. Il y a peu de plateformes bétonnées et encore moins de fosses à purin. Aussi, une partie de l’élément fertilisant, l’azote de l’ammoniac, est perdue. De plus, à Poinponnier et dans la Plaine, le tas de fumier n’est guère loin du puits !

Les parcelles labourées reçoivent du fumier tous les deux ou trois ans. Transporté en tombereau, cet engrais naturel est disposé en petit tas puis écarté à la fourche (trident). C’est un travail pénible.

Le chaulage.

Cet amendement apporte le calcium qui fait défaut dans la Plaine et surtout en Burettes. Les sols du Bessey sont moins déficitaires en calcium. La chaux est, comme la potasse, transportée en vrac de la gare de La Côte St André aux champs. Le charroi se fait en août. La chaux, alors «vive» est déposée en petits tas qui ponctuent de blanc les parcelles. Au printemps, après les pluies de l’automne et de l’hiver, la chaux, désormais «éteinte», est répandue à la pelle. Autre travail pénible.

Le chaulage est bénéfique, car le calcium modère l’acidité des sols et libère les minéraux utiles aux plantes. Mais il doit être bien associé à un épandage de fumier ou d’engrais chimique. Sinon, les minéraux puisés par les plantes ne sont pas restitués et la terre s’appauvrit. Selon l’expression de l’époque : «le sol n’a plus de fond».

La jachère.

Pour prévenir l’épuisement des sols, les agriculteurs de Sardieu recourent à une technique médiévale : la jachère labourée et hersée. Un champ sur dix est ainsi, chaque année, non ensemencé ou planté. Ces parcelles sont appelées des «coutures».

Sardieu compte, en 1945, une soixantaine d’hectares en «couture» soit plus de 9 % de la surface cultivée. C’est essentiellement en Burettes et dans la Plaine que se pratique la jachère. Les sols du Bessey, moins perméables, plus profonds, mieux équilibrés et conservant mieux l’humus, sont peu mis en jachère.

L’usage de la jachère se vérifie à Marcilloles dans les mêmes proportions. Les agriculteurs du village voisin cultivent les mêmes types de sols, dont ceux très caillouteux, peu profonds et déséquilibrés chimiquement de la Plaine et des Burettes. Au contraire, les fermes de Balbins ignorent les «coutures». Tous les champs «balbinois» sont sur la terrasse lœssique du Bessey.

Ainsi, la jachère en 1945 est une nécessité agronomique … et non pas une régulation européenne de surplus de production !

Une seconde partie abordera dans le Bulletin de 2010 les cultures, l’élevage et la succession des travaux le long du calendrier.

* Orthographe incertaine.

Sources : Mémoire de recherches en géographie rurale présenté en 1969 à l’Institut de Géographie Alpine (Université de Grenoble) et intitulé «L’évolution récente de l’agriculture dans cinq communes de la Bièvre Occidentale : Balbins, Marcilloles, Pajay, Sardieu». Les chiffres cités viennent :

  • Archives départementales de Grenoble : Listes nominatives des habitants, recensement de 1946 ;
  • Archives communales : Etat des productions agricoles par exploitations de 1940 à 1945 – Etats des exploitations par commune de 1945 à 1954.

Si les chiffres relatifs aux surfaces ou à la population sont fiables. Ceux sur l’équipement et les animaux de traits peuvent avoir été un peu «sous-déclarés».

Remerciements à trois Anciens du village qui ont apporté des précisions et leurs expériences vécues : Messieurs Louis BERTHON, Roger JACQUET et Henri VIAL-BIRON.

 

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